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De tortues en aiguilles

Cette tortue géante de 194 ans défie la mort : ce que son ADN révèle déjà sur la longévité humaine

16 Octobre 2026 , Rédigé par Martine Publié dans #Tortues

Cette tortue géante de 194 ans défie la mort : ce que son ADN révèle déjà sur la longévité humaine

 Jonathan, une tortue géante de 194 ans vivant sur l'île de Sainte-Hélène, devient le centre d'une étude scientifique sur la longévité. Son ADN et son épigénome pourraient détenir des secrets sur la longévité humaine.

                                                    © Reworld Media

Cette tortue, c’est Jonathan, né vers 1832 et étudié dans une vaste analyse publiée le 7 octobre 2026 dans la revue Science Advances. Alors que l’espérance de vie maximale d’un Aldabrachelys gigantea est estimée autour de 94 ans, Jonathan aurait vécu près de 100 ans de plus. Son génome et son épigénome livrent donc des indices précieux sur la longévité extrême, que les chercheurs comparent déjà à certains cas humains de super-centenaires.

Jonathan, pensionnaire star de Plantation House à Sainte-Hélène

Jonathan vit depuis 1882 dans le parc de Plantation House, la résidence du gouverneur de Sainte-Hélène, où il partage un enclos avec d’autres tortues géantes. Aveugle à cause de cataractes, il réagit pourtant à la voix de son vétérinaire Joe Hollins. "Je sais qu’il me connaît, qu’il connaît ma voix et ma façon de le manipuler, et je sais aussi que ce n’est pas de l’amour de sa part mais la reconnaissance de l’arrivée d’un festin", raconte Hollins, avant d’ajouter : "Et pourtant, bien sûr, ça ne me dérange pas. J’ai une immense affection pour lui".

Pour protéger ce véritable monument vivant, les autorités refusent toute prise de sang. L’équipe internationale menée autour de la Kallel Foundation a donc grappillé des cellules dans sa bouche. Stephen Clark explique que le prélèvement buccal était "plutôt délicat et dangereux". Un génome de référence a été assemblé à partir d’une tortue plus jeune, puis ajusté pour obtenir une séquence "environ à 95 % Jonathan", ce qui impose déjà d’interpréter les résultats avec prudence.

Ce que l’ADN et l’épigénome de Jonathan révèlent sur la longévité

Au niveau génétique, Benjamin Vaisvil rapporte : "Nous avons trouvé des changements dans le génome de Jonathan dans des voies associées à la longévité, comme la réparation de l’ADN, la fonction des mitochondries, la régulation de l’insuline et la fonction des télomères". Les chercheurs ont identifié 287 gènes porteurs de variantes uniques chez lui, dont plusieurs liés à la suppression des tumeurs et à la réparation de l’ADN, et aussi des copies supplémentaires d’un gène perforine qui aide le système immunitaire à éliminer cellules âgées et cancéreuses.

La vraie surprise vient de l’"entropie de méthylation". Les groupes méthyle sont des petits interrupteurs chimiques sur l’ADN ; avec l’âge, leur motif devient chaotique. "Si je devais définir ce qu’est le vieillissement, ce serait l’augmentation de l’entropie", résume Stephen Clark. Chez Jonathan, la plupart des marques paraissent aussi vieilles que lui, mais dans 272 gènes clés - surtout liés aux mitochondries et au métabolisme de l’ARN - l’entropie reste aussi basse que chez une tortue de 5 ans. Dr Justin Gerlach note que "les régulateurs de gènes impliqués dans la production d’énergie et la réparation de l’ADN sont restés incroyablement stables chez Jonathan depuis presque deux siècles".

De Jonathan aux humains : promesses prudentes des secrets de longévité

Pour Clark, "la nature a déjà résolu le puzzle du vieillissement de façon remarquable, et le génome de Jonathan fournit un plan de base pour la résilience cellulaire". La Kallel Foundation espère tester chez l’humain, via des essais cliniques à but non lucratif, des molécules bon marché déjà connues - comme la rapamycine - afin de protéger les mitochondries et limiter ce désordre épigénétique, un schéma qui rappelle les observations faites chez une femme de 117 ans présentant, elle aussi, une fonction mitochondriale exceptionnellement efficace.

Les scientifiques insistent toutefois sur les limites. "Nous ne pouvons pas dire avec certitude que ce que nous avons trouvé est la raison de sa longévité", prévient Benjamin Vaisvil. Clark abonde : "Nous ne pouvons pas vraiment planter un drapeau sur quelque chose et dire : 'Oh, c’est pour ça qu’il a vécu si longtemps'. Ce travail n’est que la première étape". Comme il le résume ailleurs, "nous essayons encore de comprendre comment le vieillissement se produit et Jonathan nous offre une vraie fenêtre sur ce qui se passe sur une très longue période". Pour l’instant, son meilleur secret reste ce mélange rare entre biologie hors norme et vie tranquille sous les tropiques.

EN BREF

  • En 2026, des chercheurs de la Kallel Foundation séquencent le génome et l’épigénome de Jonathan, tortue géante d’Aldabra de 194 ans à Sainte-Hélène.
  • L’étude met en évidence 287 gènes particuliers et une stabilité épigénétique dans plusieurs voies comme les mitochondries, la réparation de l’ADN et le métabolisme.
  • Les scientifiques y voient un possible plan de résilience cellulaire, dont certains éléments pourraient inspirer de futures pistes contre le vieillissement chez l’humain.
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C
Article très intéressant et surprenant !<br /> C'est dingue quand on sait que cette tortue a 194 ans..!!!!!<br /> En ce qui concerne l'être humain, on dit que nous vieillissons de plus en plus !<br /> Je viens de perdre une connaissance de 95 ans..!<br /> Tant que l'on est bien : d'accord, mais pas quand la maladie est présente ..<br /> Merci pour ton article!<br /> Bisous
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